
petits bateaux coloriés / 12 juin 31 juillet 2021
nous allions revoir ensemble les singers d'Oradour
les jardins refleuris le naufrage du vieux monde
les épaves de noirs paquebots lignes de flottaison outrepassées
nous pensions
et si d'aucun monde nous ne vivions la fin
si le vieil ordre ressortait de ses bunkers
si aucune couleur nouvelle n'avait été créée
la grande lézarde qui ouvrait la carcasse du Titanic doré
l'envoyait par le fond sa boussole rouillée d'incertitudes
la peste était à bord nous caressions les rats
bal masqué dans un château de cartes
le temps était empêché, suspendu par les oreilles
j'explorais les parois obscures de ma cellule
partagée avec un pachyderme immobile et résolu
et une brigade de lièvres apeurés
j’ouvrais une brèche dans le calfeutre précaire pour contempler la mer
et ses énormes petits bateaux coloriés
1er confinement / mars avril mai 2020

Chansons de gestes / 20 août 30 septembre 2021
on n'écrit pas sur la peinture ou alors un poème / Modigliani
Pierre Alechinsky : peindre ? jeter une bouteille à la mer
pour d'autres : peindre est un voyage
pour Estelle cette série le dit : peindre est une bataille !
Elle se nourrit ici de la si belle Histoire de la peinture
elle puise aux Moyens Ages leurs bannières leurs manières
les jeux de mains des rois des reines et des vilains
elle pille avec liberté, insolence et respect
le dessein de leurs tournois de leurs combats de leurs émois
et dans la chanson de leurs gestes
elle révèle le souffle et l'épique
mais ce n'est pas tout
elle peint, aussi, avec délectation avec générosité
elle pose sur la virginité du papier des couleurs
des poudres amalgamées avec des miels des vinaigres et des épices !
devant les peintures d'Estelle écoutez les histoires qu'elles vous racontent
et ensuite rapprochez vous et reniflez les verts de velours et les roses abricots
puis goûtez les bleus salés comme océan et les jaunes de curry
savourez même les noirs comme vous le feriez d'un chocolat précieux
trempez un doigt dans un ciel rouge et portez le à la bouche
Peindre est toujours un déjeuner sur l'herbe

Comptine / 9 avril 8 mai 2022
dans sa maison un grand cerf regardait par la fenêtre
un lapin venir à lui et frapper ainsi
cerf cerf ouvre-moi ou le chasseur me tuera
lapin lapin entre et viens me serrer la main
version d'urgence
dans sa maison / grand cerf / fenêtre lapin
ouvre-moi / le chasseur
entre / me serrer la main
je me déguise en motte de labour
détale
dans ma fuite mes pattes arrières s'allongent
mes oreilles je deviens une lièvre
je peux courir plus vite
je croise les chiens les distance
kapos imbéciles ils perdront ma trace
je retiens mes urines
je traverse les pâtures brouille les pistes
je serais bientôt clandestin chez un cerf naïf
ses bois se cognent aux chambranles
qui pense ne jamais devenir un trophée
cloué aux cimaises de leurs banquets
de chasseurs ne sachant chasser sans leurs chiens
j'ai peint le Grand Cerf le lapin/lièvre venir à lui
et tous les poursuivis les pourchassés les coursés
les assaillis les harcelés les talonnés les traqués
peintures inquiètes de cet hiver
j'ai abusé du bleu pour que le ciel s'en inspire
dicté par la peur avril 2022 veille des élections présidentielles

Elles nous regardent les belles nymphes de Michel, nous suivent et nous sourient discrètement. Leurs yeux sont clairs et bienveillants, démaquillés.
Il y a de beaux dessins, de beaux desseins, sous la peinture, les visages sont agrandis, sacralisés. Michel peint en jus, ̎ maigre ̎ comme on dit dans le jargon, essuie les glacis, avec un mauvais chiffon, il me semble, ( efface ? ) il pose ses couleurs en valeurs assez proches, oppose aux chairs, aux orangés subtils, aux ocres et gris chauds de somptueux fonds bleus. Un rayon de soleil s'est introduit dans l'atelier et réchauffe la nudité du modèle. Certains portraits sont ̎ poussés ̎ travaillés plus longuement, aboutis ? D'autres inachevés pourrait-on dire, d'autres ̎ résumés ̎, couleurs bien isolées, aucun passage de l'une à l'autre, Michel Cure sait rester en chemin, ce n'est pas si facile, lui y parvient.
Et les noirs de Michel Cure ! Une nuit en fond, une robe qui dévoile une épaule, un bandeau dans les cheveux, les noirs de Michel cure sont d'un velours et d'une profondeur qui me rend fou de jalousie ! Ma main s'en rapproche, mais je n'ose caresser la peau de la peinture de peur de gâcher sa matité. Les noirs nous attendent dans les grands formats abstraits dans lesquels Michel Cure prépare les atours destinés à magnifier ses belles amies.
Nous attend une dernière, diaphane, plus mystérieuse, à peine indiquée, ses yeux, sa bouche, esquissés, un reflet rapide posé au bout de son nez. Peut être la plus aimée.

Elle dit vouloir peindre, seulement peindre, ne s'occuper devant la toile blanche que d'y déposer des couleurs, que ces visages que nous voyons maintenant viennent à son insu ! Insula, es-tu là à mon insu ? Un titre en témoigne. Il y a tant de mystères dans cet acte originel que je suis forcé de la croire !
Ces figures, ( elle préfère le mot figure ) dans son projet de peindre, dans son désir abstrait de ne rien figurer, sont celles de la Peinture, celles des grandes icônes immobiles Jebeily de l'Histoire de l'Art. La liste est longue de ces douceurs sans pleurs ni sourires, des dormeurs aux paupières closes, des veilleurs à l'écoute du silence, des apparitions, des disparitions, des prémonitions graves et penchées des Madones à l'enfant, tous les fantômes bienveillants qui guident les peintres depuis les grottes magiques.
Je pose des questions, je regarde, je décris : je vois une figure de Christ apaisé, une jeune fille sans perle qui se retourne, je reçois son sourire, un fuyard nu échappé d'un tableau de Brueghel, une Ophélie caressée par un frais cresson bleu … pas de pupilles qui me suivraient, des visages silencieux mais jamais neutres, jamais aveugles. Des hommes, des femmes ? Je ne sais pas ...
Je vois des palimpsestes, des repentirs sous forme d'essuyages qui révèlent la trame de la toile, comme pour effacer ce visage lunaire qui s'impose tendrement, des jus, des lavis, des estompes qui le débarbouille, le dessin qui finalement le précise timidement, quand elle accepte sa présence centrale, qui le sauve d'une disparition définitive, qui propose de continuer l'aventure du tableau sous son regard, sous son écoute : tu peux y aller je suis là n'aies pas peur ...
Une couleur ( grise douce, rouge antique… ) comme une couverture matte, vient l'envelopper, le contourner, le border comme on fait tout autour du lit de son enfant, pas tout à fait opaque, laisse lire l'histoire du tableau, deviner les fresques millénaires qui l'ont précédé.


Insolences / 24 septembre 23 octobre 2022
Jean Estaque taille tout ce qui passe à proximité de son canif (toujours un couteau dans la poche, un canif de scout attaché avec une chaînette) les manches des pinceaux, ceux des cuillères en bois, les porte-plume, le moindre bout de tilleul devient un bonhomme, un bon homme avec des yeux immenses et naïfs comme ceux des portraits du Fayoum. Il grave les ardoises d’écoliers jusqu’à les percer pour nous montrer le monde peu sérieux caché de l’autre côté.
Jean Estaque fait, avec tendresse et insolence, de petites sculptures, des jouets d’enfant, pour réveiller notre communale et activer les picotements de nos genoux couronnés, des voitures, des bateaux, (celui-ci plein de poupées noiraudes en hommage aux victimes de Lampedusa) des sculptures polychromes comme les chapiteaux de Sainte Austremoine à Issoire, des petites sculptures pour les avoir toujours sur soi, dans les poches et se les faire confisquer à la récrée.
Jean Estaque est un autre moine, il croit en Dieu, il croit aux dieux, mais pas n’importe lesquels, les siens. Il les invente et il les fabrique. C’est plus sûr, quand on connaît ses saints, on les honore. Il taille donc ses propres saints et il les traite de tous les noms : Honoré, Bouton, Doigts, Christophe, Blé (celui qui exauce les désirs de beurre et d’argent du beurre), Réunion (celui qui favorise les rassemblements).
Le soir, Jean Estaque ouvre leurs reliquaires, pille leurs tirelires, vide les troncs. Il capture les canonisés et leur introduit des pailles dans les orifices, leur fait des chatouilles sous les bras et leur promet les enfers ! Sorcellerie ! Me direz-vous ! Peut être. Mais on a bien le droit de penser libre !

Ce jeu d'adresses consiste à jeter un peu d'art dans nos boîte aux lettres pleines de factures et de publicités, pour faire plaisir, pour faire sourire ses correspondants.
Confectionner auparavant avec amour, application, de la colle, des ciseaux ... quelques chose de joli, pas trop grand, pas trop lourd, à partir d'une enveloppe, d'une boîte ou de n'importe quel objet.
Coller un ou plusieurs timbres sur l'objet, y inscrire une adresse et confier ce trésor à la Poste comme on abandonne une bouteille à la mer …
Attendre patiemment une toute aussi jolie réponse …
Longtemps je me suis levé de bonne heure pour écrire à mes amis et leur envoyer de mes nouvelles par le moyen aujourd'hui quelque peu désuet de la Poste, dans une enveloppe blanche, sur laquelle j'écrivais avec calligraphie leurs adresses et collais la nécessaire vignette rouge au visage de la Marianne de la République.Confectionner auparavant avec amour, application, de la colle, des ciseaux ... quelques chose de joli, pas trop grand, pas trop lourd, à partir d'une enveloppe, d'une boîte ou de n'importe quel objet.
Coller un ou plusieurs timbres sur l'objet, y inscrire une adresse et confier ce trésor à la Poste comme on abandonne une bouteille à la mer …
Attendre patiemment une toute aussi jolie réponse …
J'ai rapidement pris l'habitude de barbouiller de couleurs mon envoi, d'y ajouter collages et paillettes et de détourner l'affranchissement en fabriquant de faux timbres :
j'ai reçu des merveilles, des petits mots, des billets, des messages, des missives, des épîtres, des babillardes, des bafouilles, des présentes, tous bariolés et ornés ! Ma boîte aux lettres ne déprimait plus, mon facteur souriait toujours, ne me demandait plus de signer là et a cessé de m'accuser de réception !
Quand on bricole ainsi un envoi pour un ami un amour pour lui seul pour elle seulement on se fout du reste du monde on prépare un cadeau généreux sans papier cadeau que l'on va lacher tout nu dans la fente noire de la boîte aux lettres jaune de la poste. Il ne sera pas exposé l'art et son marché de l'art ne sont pas convoqués nul ne le verra pendant son voyage que les trieuses nocturnes et le porteur spécial en casquette outremer
nos correspondants dans cet exercice sont divers : modestes colleurs et calligraphes, autodidactes timbrés, académistes essayants d'oublier leurs si beaux arts et singuliers mis en lumière par Jean François Maurice et d'autres en costumes d'insoumis hors les normes, d'outsiders de francs créateurs de bruts et de crus !

Ce printemps je suis allé à/en Arles sur les traces de Vincent Van Gogh
la place Lamartine le fleuve les arènes Montmajour
la maison jaune a disparue bombardée
où les enfants lui ont jeté des pierres des cailloux des bords du Rhône
pendant que leurs parents signaient la pétition pour l'hôpital du centre ville
Nous sommes allés ensuite à Saint Paul de Mausole à Saint Rémi
où il efface les barreaux de sa chambre
Et puis cet été au musée d' Amsterdam d'emblée les autoportraits
il a dans chacun les yeux fiévreux
de trop de vent de soleil de fatigue d'insomnie d'alcool de colère
Rentré à l'atelier j'ai peint le Mistral la canicule sur les blés
les ruines de la Maison Jaune les gamins imbéciles
les tubes qu'il mange les chaises de la dispute
le blaireau le rasoir le pistolet de rouille
et Joseph Roulin inachevé l'ami postal
C'est un modeste inventaire des moments arlésiens du Peintre le plus emblème
le plus raté par la société le plus impatient
le plus populaire son fantôme fait danser Arles aujourd'hui
ça s'appellera les yeux rouges

René Caussanel est un grand homme noir / se courbe un peu pour passer sous le ciel / sa tignasse blanche éclaire sa maison de bois au bout d'un monde de chats / la chienne ébouriffée / de la mousse vert tendre s'est installée sur la planche de la balançoire immobile .
René nous conduit au grand atelier gris blanc / un seul grand format occupe un coin du vaste mur dans le fond / les hauts rangements font un dortoir aux grandes peintures oubliées / il montre des catalogues / peindre est rangé, les pinceaux sont secs / il dit l'envie disparue après une longue série de grandes gouaches qu'il installait sous la forme d'un collage monumental il évoque un pouvoir de peindre qu'il aurait ruiné il s'en excuse par un silence .
il ouvre des cartons et parle lentement de dessin / il est un fou de dessin / Hokusaï / si nous avons de dérisoires calendriers pour ordonner nos jours lui a ses dessins pour compter les heures / je pense à Opalka énumérant jusqu'au bout de sa vie .
des dessins classiques, à vue, infiniment beaux arts, justes, avec des crayons fidèles et honnêtes, des crayons de couleur : autoportraits, paysages, fleurs, arômes, chats endormis, nautiles / il dessine sa main tenant divers petits objets faisant l'inventaire de la maison .
il sourit aux chats .

Des dessins au fusain / des gravures idem / noires / un univers clair obscur comme un film d'avant / un policier amerloque avec un détective lymphatique / pas de couleurs / le noir et blanc comme unique musique / le blues en fond sonore / comme du vieux blues sur nos cimaises / des stations services en plein désert / personne / grosses chaleurs nocturnes / des boxeurs gueules bousillées / des bonobos indifférents / autrement préoccupés à vivre de caresses leurs forêts / des yeux absents de grands regards vides au fond de masques à gaz tragiques / trois ou quatre punks / un indien des plaines / inventaire Paul Smark / modeste / sans frimes / primitif / s'excuse d'avoir posé chez nous une si belle musique
les Séries noires de Paul Smark / du 22 septembre au 22 novembre 2023

un calme d'encre précède la bourrasque
on referme les fenêtres de canicule
sur le silence des feuilles
comment peindre le vent ?
pour qu'il advienne, même halluciné
capable de soulever les grands incendies
d'embraser les platanes formidables
Soutine escalade les ruelles de Céret
trace un parcours chaviré

Abouche, que veux-tu…
( poétique de l'objet )
Jean Maureille collecte inlassablement
les objets glanés sont ensuite détournés et associés ( abouchés )
pour créer des courts-circuits insolents et des orages poétiques !
du 3 au 25 mai 2024

Du 7 juin au 14 juillet 2024
vernissage vendredi 7 juin à partir de 18h
Bonjour Monsieur Morandi
le petit vase aux rayures bleues
se brise sans bruit sur le dallage
la sonnette est restée muette
branchée sur une brassée de fleurs de perles
un courant d'air froissé disperse les cendres défuntes
de trois sœurs alignées cariatides de poussière
au 36 via Fondazza / Bologne
je cambriole chez Morandi
en son absence grise
j'envisage sans vergogne
de lui pirater le silence

Techniques mixtes
Une peintur/peinture en énergie , faite de colère et de tendresse
du 27 juillet au 3 août 2024
sur rendez-vous jusqu'au 25 août
vernissage samedi 27 juillet à partir de 18h


Jean Claude Loubières Filoména Pucci Jacques Moiroud Mathieu Bureau Karine Veyres Dominique Médard Marc Alcon Stéphane Hébrard André Nouyrit Franck Poulain Florence Prêleur Thierry Roche Jérôme Snew Myriam Brossard Philoche Jean Louis Engels Jean Philippe Escafre Bilitis Farreny Noémie Mangin Caroline Leclerc Pascal Weiss Christian Verdun Marie B Leturq Nelly Blaya Jean Maureille Anne Jebeily Aline Campana Martine Auger Maurice Auger Remi Darsonval Odile Steffan Guillaume Mireï Esnol Sophie Rigal Katia Weyher Gilles Murique Estelle Marlier Jacques Trouvé

Anne Patay Noémie Pfeiffer Alain Ballereau Phil Wzalker
Une exposition pour mettre en lumière nos amis artistes
qui s'y installent dans la lumière
qui regardent par les fenêtres
qui sortent par tous les temps
pour cadrer un minuscule et précaire pan du vaste monde
avant qu'il ne disparaisse
qui le convoquent
ou le rencontrent fortuitement dans le confort de l'atelier
pour le plaisir archaïque de peindre
et par là témoigner de la beauté et de la fragilité de la nature
du 24 mai au 28 juiin 2025

Un jour ou l'autre
peinture inquiètes 2025
Griffons* dans les marges
je suis du pays de mon enfance, les genoux éternellement couronnés / je suis Marcel Rimbaud assiégé dans la cour de l'école / je suis Soutine sali de couleurs / le maître vole mon tigre / en juillet, avec Gilles Watteau, on va sur le bord des canicules applaudir les grimpeurs du Tour de France / je crayonne dans les marges des moineaux immobiles, une tortue chavirée, le cheval de Rémi, dernier colosse laboureur / dans mon village sous le volcan, les vieux soldats de la guerre d'avant ne meurent pas, sont des peaux-rouges obstinés / l'Orage et l'Ouragane réconciliés valsent sous le parquet-salon le premier dimanche d’août, chacun sa corneille sur l'épaule / et dans son cadre de poussière ma tribu patiente / Appoline plonge du haut des années vaines, Maurice ranime les livres oubliés, Marie Daquay recoud les clandestins / la guerre, on la connaît elle a déjà traversé le village pour aller en Algérie, depuis elle se tient tranquille de l'autre côté de la Montagne mais on perçoit clairement les échos de la fumée / un jour ou l'autre …
du 6 au 27 septembre 2025
* esquisse dessinée à l'aide d'un outil qui griffe le papier, plume Sergent-Major par exemple